Levée d'encre et Cepdivin
Le vendredi 17 février dans les locaux de l'Ecomusée de la vigne et du vin à Gradignan, à l'invitation de l'association Cepdivin (Centre d'Etudes Pluridisciplinaires Des Imaginaires du Vin). François Vignes et Thierry Guilabert ont rencontré leurs lecteurs autour de quelques bonnes bouteilles, dans l'ordre Château Chasse-Spleen 2009, Domaine de la Solitude 2007, et Jardins de Soutard 2004.
Il a beaucoup été question d'André Laude et de la légende du demi-siècle, mais aussi du polar Autant en emporte le vin.
Une soirée très sympathique dans un lieu magique.
Pour plus de renseignements sur Cepdivin, n'hésitez pas à vous rendre à l'adresse suivante :
www.cepdivin.org.
Vingt Chants du Prince
En 1985 chez Ellebore paraît un court recueil de poèmes signé André Laude, Vingt Chants du Prince. Sur l'exemplaire qu'il dédicace à François Vignes, on lit ceci :
Biographie imagée d'André Laude
Sur la quatrième de couverture de Rue des merguez, on lit la savoureuse biographie d'un Laude héritié de Corto Maltese...
Né d'un père occitan et d'une mère bretonne. La nuit même ou le bananier Le Paul-Gauguin sur lequel ses parents voyageaient, fut arraisonné par des pirates chinois.
Passe son enfance et une partie de son adolescence à la Guadeloupe ou un jeune poète St John Perse l'incite à écrire. Fait des études de théologie à Zurich, d'érotologie à Hambourg, d’archéologie à Londres.
Se lie d'amitié avec la bande à Bonnot et « les travailleurs de la nuit» d'Alexandre Jacob.
Amoureux d'une espionne balte il s'installe à Berlin ou il va rencontrer Rosa Luxembourg qui sera la grande passion de sa vie. Avec elle, il organise les Spartakistes et participe à I’ insurrection de 1918, où sont créés les conseils ouvriers, paysans et de soldats puis au soulèvement de 1919 qui s'achève dans le sang et la mort de Rosa.
Un peu plus tard on le retrouve à la tête d'une armée dadaïste rouge qui tient la Baviere.
C'est dans le calme d'un chalet de montagne où il se cache qu'il rédige son plus célèbre recueil « C'est la lune finale » ainsi que ses « Lettres aux imbéciles malheureux. »
En 1928, au Brésil, il fonde une colonie communiste utopique La Felicidade, bientôt dispersée par les autorités.
En 1932, participe à la nouvelle ruée vers l'or en Alaska, d'où il ramène un roman mystique « Le trésor blanc. »
En 1934, fonde à Cuba le « Parti surréaliste anarchiste» qui renversera la dictature. Exclu pour libertinage sexuel, emprisonné, il s'échappe avec l'appui d'une jeune religieuse amoureuse de lui.
Vieilli, devenu pessimiste et mélancolique, il disparait corps et biens dans le triangle des Bermudes, le jour du soulèvement militaire de Franco en Espagne, alors qu'il se rendait à un mystérieux rendez-vous à Buenos-Aires.
Ses œuvres complètes devraient prochainement paraitre, aux Editions « Kangourou » en Australie, avec une longue étude du philosophe d'origine roumaine, vivant en France. E.M. Cioran
27 volumes sont prévus au rythme d'un par an.
Rue des merguez - André laude
« Tu sais pour moi la vie c’est une rue pleine de boutiques parfumées et les boutiques sont pleines de merguez »
Il faudrait arrêter de publier chaque année des centaines de livres inutiles et s’empresser de relire les textes essentiels. Je tiens Rue des merguez paru en 1979 aux éditions Plasma, pour un de ceux-là.
C’est d’abord une fuite hallucinée, Abel, à ses côtés le corps encore chaud de Lame-de-couteau, la route, les regards jaunes des poids lourds que l’on croise. C’est la respiration, l’essoufflement d’un poète, l’accélération, où Laude : « ceux qui me croient m’aiment ceux qui m’aiment me croient » le double d’Abel, raconte son propre travail d’écriture : « Je dois m’écrire ».
A mesure du livre, comme l’incendie s’apaise, la ponctuation totalement absente des premiers « blues », car tout ce livre est construit de plages sonores, la ponctuation, dis-je, revient, comme l’amour de la jeune Ligeia supplante celui terriblement destructeur de la Louve.
Ce livre est d’une vraie voyance, et en voici la preuve :
Il faudra que je dise ça à Lame-de-couteau il aimera c’est sûr avec Nabile je rêve on va délivrer le Maghreb de tous les ignobles cancrelats qui le bouffent aux intestins on va faire un grand nettoyage on va rincer à grande eaux tirées de la mare nostrum les dalles et les ruelles des souks les ors des palais où croupissent des familles princières aux doigts chargés de bagues on va tirer dans le tas on va couper des têtes et puis on s’arrêtera on boira un thé à la menthe et puis meurtris justiciers légaux on recommencera on ne s’arrêtera que lorsque la blancheur absolue accablera les minarets et les hauteurs de la ville une nouvelle civilisation s’inventera parmi les ficus et les lauriers roses les plaintes des colombes et les murmures des vasques elle rayonnera vers l’occident fourbu jusqu’à l’os elle ne sera pas loi imposée les peuples marcheront les bras largement écartés vers elle et verseront des pleurs de joie
Ce pourquoi il faut d'urgence relire Rue des merguez
Thierry Guilabert
Roi Nu Roi Mort - André Laude
En 1983, André Laude publie à la Table Rase dans la collection La Peau des Murs que dirige François Vignes, le recueil Roi Nu Roi Mort, objet poétique introuvable aujourd'hui. Les poèmes d'André accompagnés de trois illustrations de Alain Bourbonnais, sont des feuilles au vent réunies dans une chemise de format A4.
dans un champ féroce champ planté d'ongles et de cris
je dors je pleure je fais l'amour (quelques fois)
j'ai faim ô les drapeaux rouges de la faim
qui montent et qui descendent dans mon ventre déchiré de lueurs
dans un champ féroce je promène ma détresse
comme une lampe au front une rose à l'oreille
ma main péniblement continue de vivre de témoigner
un jour bientôt un enfant sur un chemin crissant de soleil
la ramassera pâle écorce desséchée
et l'accrochera à une ficelle au-dessus de son lit
dans un champ féroce semé d'étoiles en miettes
j'ai peur une peur plus vaste que la faim et la soif
que le délire qui coule de mes yeux confrontés
avec la poussière des toits la lumière rabougrie du temps
je sais que les rues sont pleines de femmes
qui arrivent du nord et du sud du fleuve et de la prairie
laquelle montera jusqu'à ma chambre où le vent de septembre
boit mon vin dérange mes livres arrache de mes lèvres la cigarette
laquelle s'offrira fleur essoufflée au seuil de ce vertige
André Laude
Décharge n°150 - Une note de lecture par Jacmo
La très belle revue de poésie de Jacques Morin, Décharge, fête ses 30 ans d'existence à travers un exceptionnel n°150. Une belle note de lecture est consacrée à notre Légende du Demi-siècle.
André Laude : LA LEGENDE DU DEMI-SIECLE (Levée d’encre)
Comme l’explique François Vignes, à la fois éditeur et préfacier, cette « Légende du demi-siècle » a été écrite en 75 pour relancer le journal « les Nouvelles Littéraires » par André Laude « sous perfusion », c’est-à-dire avec des bières et des sandwichs pendant trois jours sans discontinuer et sans avoir même le temps de se relire. Ce livre présente la première moitié de cette somme : des années folles aux années noires, donc de 1922 à 1939. Une seconde partie suivra, bien entendu. La présentation élégante du livre et la présence d’intertitres, découpant l’ensemble en petits chapitres bien troussés. André Laude dresse l’histoire de la littérature et des arts (peinture et musique en particulier) avec beaucoup de fluidité et de concision. Si bien qu’on parcourt à nouveau cette moitié de vingtième siècle qu’on connaît assez bien à la vitesse d’un cheval au galop. Ce resserrement, ce zoom sur l’évolution culturelle du pays donne une vraie nervosité à la façon d’envisager l’histoire, avec ou sans majuscule. On se délecte à nouveau des provocations surréalistes, le feu noir de l’insoumission, on craint déjà les attitudes désastreuses des futurs thuriféraires de la Collaboration. En attendant la suite. On aimerait bien sûr que l’auteur s’appesantisse sur tel ou tel aspect qui réjouit davantage. Mais pour être exhaustif et bref, toucher tous les arts en même temps, on ne peut quelquefois que citer un nom, accompagné d’une œuvre principale. Donc ce livre tient de la promesse, et l’idée de l’éditer comme la « culture pour les nuls », dixit François Vignes, se conçoit aisément. André Laude n’était pas journaliste et poète pour rien.
Jacmo – Dia, Décharge 150.
www. dechargelarevue.com
André Laude chez Levée d'encre
Les éditions Levée d'encre sont très fières de vous présenter
un texte essentiel d'André Laude :
La légende du demi-siècle
1- Des années folles aux années noires, 1920 - 1940
une préface de François Vignes.






